Quelques grandes étapes

Quelques grandes étapes

 

Au IIIème siècle av. J-C, les tissus de soie chinois se répandaient dans toute l’Asie et étaient transportés par les routes de la soie (terrestres et maritimes) vers l’Europe et vers le Japon. En 552 ap. J-C, l’Empereur Justinien envoyait deux moines en mission en Chine afin de découvrir le secret de la production de la soie. Les deux moines sont rentrés à Byzance leurs cannes de bambou remplies de graines de mûrier et d’oeufs de ver à soie. C’est ainsi que la sériciculture s’est installée d’abord en Asie mineure et plus tard en Grèce. Au VIIème siècle, les Arabes ont vaincu les Perses, s’approprient leurs magnifiques tissus de soie et ont contribué à la dissémination de la sériciculture dans tout le bassin méditerranéen... l’Afrique, la Sicile, l’Espagne. Au Xème siècle, l’Andalousie était le premier centre de production de soie en Europe. Les échanges culturels et commerciaux entre l’Occident et l’Orient se sont multipliés grâce aux Croisades, à la formation de l’empire Mongol et aux voyages de Marco Polo en Chine. La soie a compté très largement dans cet accroissement du commerce. L’Italie a créé une industrie de transformation de la soie dès le XIIème siècle. Quant à la France, elle était consommatrice de soies étrangères, notamment italiennes, et Lyon était le plus important centre du commerce de la soie. Toutefois, la fuite de capitaux occasionnée par ces importations a conduit le roi Louis XI à décider de la création d’une industrie nationale de la soie. Devant une certaine réticence de la part des Lyonnais, c’est à Tours que fut créée la première manufacture. Mais en 1536, François Ier a donné à Lyon des lettres patentes autorisant cette ville à mettre en place une industrie transformatrice et en même temps il lui accordait le monopole des importations de matière première. Ce fut le début de l’essor de Lyon comme grande ville de la soie. Au début, l’industrie était financée par des banquiers florentins, qui s’installaient sur les rives de Saône, tandis que le même décret royal facilitait la venue d’artisans italiens. Cette influence italienne est encore évidente aujourd’hui dans l’architecture du Vieux Lyon. A cette époque, la France importe toute la matière première nécessaire pour alimenter son industrie de transformation, mais en 1604 le roi Henri IV décide, sur les conseils du célèbre agronome Olivier de Serres, de planter des mûriers et d’élever le ver à soie dans la vallée du Rhône. Dorénavant la France est capable de subvenir à une partie des ces besoins en soie grège par sa propre production. Plus tard, un autre événement politique va conduire à l’implantation d’une industrie de la soie dans plusieurs pays d’Europe. La Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 va faire fuir les Huguenots, dont de nombreux tisseurs et autres artisans du textile, vers l’Allemagne, l’Angleterre, la Suisse et les Pays-Bas, où ils ont largement contribué à l’essor d’une industrie qui viendrait concurrencer l’industrie française.

 

Tout au long du XVIIIème siècle, la soie a continué à prospérer en Europe, au Japon et en Chine, où des missionnaires observaient que ‘même le plus humble soldat est habillé de soie’. La soierie lyonnaise connaît alors un renom mondial, notamment dans le domaine des tissus d’ameublement, grâce entre autres à des créateurs de génie tels Philippe de la Salle et Jacques de Vaucanson Le XIXème siècle a été marqué par des changements importants, certains positifs, d’autres négatifs. En 1804, Joseph-Marie Jacquard a perfectionné un mécanisme pour fabriquer des tissus façonnés à l’aide de cartes perforées. Cette véritable révolution technique a permis à l’industrie lyonnaise d’accroître son avance en offrant une gamme de tissus plus variés et de meilleure qualité.

En revanche, la sériciculture française va subir un certain nombre de revers qui marqueront le début de son déclin. Tout d’abord une épizootie de pébrine, maladie endémique du ver à soie, a décimé les élevages. Lorsque les ravages de cette maladie ont été enrayés, grâce aux travaux de Louis Pasteur, les marchands de soie avaient trouvé d’autres sources d’approvisionnement en Asie. Ensuite, l’ouverture du canal de Suez en 1872 a rendu la soie grège japonaise encore plus compétitive. En même temps, les sériciculteurs de la vallée du Rhône se tournaient vers d’autres productions maraîchères et l’industrie naissante offrait d’autres possibilités d’emploi aux ouvriers (et ouvrières) des filatures. L’introduction de métiers mécaniques, mus par la vapeur, faisait transférer l’activité du tissage à la campagne, dans de véritables usines, au détriment de l’activité individuelle des canuts. Dans les premières années du XXème siècle, l’introduction de l’électricité pour entraîner les métiers a permis un certain retour au travail à domicile. La deuxième guerre mondiale a provoqué une rupture dans l’approvisionnement en matière première et en même temps l’invention du nylon a privé la soie d’un de ses débouchés les plus importants, les bas. Le résultat des ces différentes évolutions a été la disparition progressive de la sériciculture européenne. Aujourd’hui, les principaux pays producteurs de soie grège sont la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Ouzbekistan et la Thaïlande. Seuls la Chine et le Brésil exportent de la matière première (soie grège), alors que les autres pays producteurs transforment leur propre production en tissus et vêtements/accessoires.

 

02_01.gif

1. Statue de la Ville de Lyon avec une flotte de soie grège - 2. Le quartier des "Canuts" à Lyon (à remarquer les plafonds hauts pour loger la mécanique Jacquard

 

02_02.gif

3. Le quartier Renaissance de Lyon où s’installaient les marchands de soie florentins - 4. L’un des premiers métiers Jacquard - 5. La récolte des feuilles de mûrier

 Copyright ©   www.intersoie.org/